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lundi 1 août 2016

La Bible tu ne liras point

Avant-hier sur la station de radio "France" "Culture", allumée on ne sait pourquoi dans notre champ d'audition : le philosophe (*) Michel Onfray délivre son enseignement à la foule. Critique de l'emprise des médias sur les cerveaux, appels à éteindre télés et smartphone... Ça ne vole pas très haut, mais on se prend à tendre une oreille sympathisante.

Voilà que le philosophe fait en revanche l'éloge des livres et de la lecture. On plussoie. Ah oui, mais attention : pas tous les livres ! Il en existe en effet dont M. Onfray décourage franchement la lecture à ses ouailles. Presque, même, il les leur interdit. En effet, il ne faut pas lire, dit-il (je cite de mémoire), les livres dont les monothéismes considèrent qu'ils sont les seuls à devoir être lus. Et de citer expressément : le Coran et la Bible.

On coupe la radio, consterné.

On comprend déjà , dans un premier temps, comment M. Onfray, tout contestataire qu'il soit, a ses entrées à France Culture et sa place de parking à la maison de la radio : c'est qu'il rentre parfaitement dans le cadre du programme :
"Racontez ce que vous voulez (et n'importe quoi de préférence), pourvu qu'à un moment vous pensiez à cracher sur le christianisme". Et voilà comment nos flambants intellectuels rebelles à l'ordre établi (que le monde nous envie) ont néanmoins table ouverte et open bar sur le service public.

Malgré tout, on a du mal à croire qu'une énormité pareille puisse passer auprès d'un public soi-disant cultivé, ou désireux de l'être.

Déjà , on aimerait savoir qui a dit qu'il ne fallait pas lire d'autre livre que la Bible. Quel concile, quel pape, quel père de l’Église ? Certainement pas Augustin d'Hippone, ni Jérôme de Stridon, ni Thomas d'Aquin, ni Benoît XVI, qui avaient manifestement quelques bouquins dans leurs bibliothèques respectives. Alors qui ?

De tous temps les chrétiens ont eu dans leurs rangs de grands savants, honorés par toute L’Église, qui avaient lu bien des livres, y compris parmi la littérature non chrétienne (et c'est d'ailleurs grâce à eux que M. Onfray peut aujourd'hui parler de Platon et d'Aristote). Prétendre que le christianisme commanderait de ne pas lire d'autre livre que la Bible relève de la désinformation pure et simple - et d'ailleurs, s'il est un reproche à faire aux catholiques, qui restent l'espèce de chrétiens la plus fréquente dans le pays où vit M. Onfray, c'est plutôt de ne pas lire assez la Bible...

Une calomnie de plus. Mais qu'importe : les athées croient n'importe quoi pourvu que ça dise du mal de l’Église.

En revanche, ce qui est vrai à mon sens, c'est que si on ne doit lire qu'un seul livre dans sa vie, il sera certainement plus profitable de lire la Bible que n'importe quel autre livre ou compilation, fût-elle l'œuvre complète de Michel Onfray. Car dans l’Écriture Sainte se trouve toue la folie et toue la sagesse du monde, ainsi que sa rédemption. Il n'existe aucune production humaine semblable à ceci. Ou qu'on m'indique laquelle.


Il est donc déjà navrant que M. Onfray fasse croire aux auditeurs du Service Public que le christianisme réprouve la lecture des livres, en dehors de la Bible. Mais le plus affligeant reste quand même que le philosophe se mette, lui, en revanche, à proscrire à ses disciples la lectures de certains livres impies, et que ça passe comme une lettre à la poste (l'enregistrement qui passait à la radio provenait d'une conférence publique, or on n'entend à ce moment ni les sifflets ni les huées qui auraient dû se produire dans toute audience un tant soit peu saine d'esprit).

Sectateur de Michel Onfray, donc : tu ne liras ni le Coran, ni la Bible. Pourquoi ne pas lire le Coran ? Je ne l'ai pas lu moi-même, je l'avoue, mais je n'en retire aucune gloire particulière. Je le ferai dès que j'en aurai le temps (et que j'aurai épuisé la pile de bouquins à lire absolument, sur l'étagère). Pour ma culture générale, pour connaître la référence de ceux qui nous attaquent, pour comprendre les quatorze derniers siècles de l'histoire du monde.

Mais ne pas lire la Bible !? Dans un pays et un sous-continent forgé par la foi catholique ? Où pas une œuvre d'art importante (en musique, en peinture, en architecture) ne s'est fait en dehors de cette référence pendant des siècles ?

Plus encore : pour un athée militant anti-chrétien, ne pas lire la Bible ? Mais alors ils ne savent rien, ne veulent rien savoir de ce qu'ils combattent avec la dernière vigueur ? On espère quand même que M. Onfray en a ouvert un exemplaire, et quelques autres ouvrages chrétiens, avant d'écrire son "traité d'athéologie", à mois d'être un escroc intellectuel complet. Alors, s'il les a lus, de quel droit préconise-t-il aux autres de ne pas le faire ?

"Il est absurde au plus haut point qu'un bachelier ait pris connaissance des poèmes du Moyen Age, de Polyeucte, d'Athalie, de Phèdre, de Pascal, de Lamartine, de doctrines philosophiques imprégnées de christianisme comme celles de Descartes et de Kant, de la Divine Comédie ou du Paradise Lost, et qu'il n'ait jamais ouvert la Bible", écrivait Simone Weil il y a 70 ans. Certes les bacheliers d'aujourd'hui ne lisent absolument plus rien de ce qu'elle énumère. Mais tout de même...


Toi qui passes ici, éteins donc ton ordinateur et va lire un livre. Celui que tu veux. Même du Michel Onfray si ça te chante. Car, comme disait Saint Paul : tout est permis, même si tout n'est pas bon...



(*) Oui, on aurait pu s'attendre à des guillemets aussi à philosophe. Mais ce mot est-il aussi prestigieux qu'il le prétend ? La philosophie moderne, vaste entreprise de ratissage orgueilleux de la pensée, ne mérite-t-elle pas finalement Michel Onfray ?

mercredi 27 juillet 2016

Saint-Etienne martyr

Il faudrait toujours laisser les crétins faire l'histoire.

Il est douteux que les glorieux combattants islamiques qui sont allés offrir la palme du martyr à un vieux prêtre de 86 ans à Saint-Etienne du Rouvray aient eu conscience que cette ville portait le nom du premier martyr de l'Eglise apostolique : Etienne. Lapidé par les juifs pour avoir confessé le nom du Christ, sous les yeux approbateurs d'un certain Saül, qui devait se convertir plus tard pour devenir saint Paul.

Le sang des chrétiens est une semence, disait Tertullien. Sainte Nathalie, que l'on fête aujourd'hui, a été elle aussi martyrisée par les musulmans dans l'Espagne du IXe siècle. Quelques siècles plus tard, l'Espagne était entièrement reconquise par les chrétiens.

Aujourd'hui, les fins stratèges de l'organisation islamique ont peut-être visé un peu à côté de la plaque. En tuant un brave prêtre qui, probablement, le dimanche précédent, faisait l'éloge de l'immigration et du vivre-ensemble, ils pensaient provoquer en France une guerre civile, en causant  une réaction identitaire, qui entraînerait en retour de nouveaux attentats, et ainsi de suite.

Mais le pire n'est jamais certain.

Un espoir me vient. Devant cet énième attentat, qui touche cette fois-ci un homme de Dieu : Et si la France se rendait enfin compte que L’Église catholique, dont elle était fille aînée, sans laquelle elle n'existerait pas, à laquelle elle doit ses plus beaux bâtiments, ses plus belles œuvres d'art, sa culture, son âme... Cette Église qu'elle a ensuite persécutée, niée, étouffée, comme un enfant teigneux et ingrat envers sa mère. Qui sait si la France ne va pas finalement se réveiller chrétienne, comme sortant d'une longue léthargie, se rendant enfin compte que le seul antidote contre les religions néfastes n'est pas la laïcité et encore moins le relativisme post-moderne, mais bel et bien le Christ ?

"Vous, les chrétiens, vous nous supprimez", aurait dit, d'après la presse, l'un des courageux guerriers de Mahomet. S'il parlait de suppression physique, il s'agissait certainement d'une plaisanterie, au vu des massacres continuels de chrétiens par ses semblables autour de la Terre. Mais s'il parlait de suppression morale, il avait sans doute raison. Non pas que les chrétiens suppriment les musulmans, mais plutôt que le Christ écrase le mensonge, tous les mensonges, au premier rang duquel cette fausse religion dont le seul but est de nier sa divinité et de ramener les hommes dans l'esclavage.

Pauvre de toi, Islam. En tuant, tu t'es tué toi-même.

mercredi 15 juin 2016

"Je ne sais pas ce que je vais faire avec lui"

La violence est présente de tous temps dans l'histoire de l'humanité. Les archéologues ont encore découvert récemment un charnier préhistorique plein de squelettes présentant des traces de blessures et de tortures diverses.

La violence exercée au nom du Bien est un peu plus récente, quoique ne datant pas non plus d'hier. Violence au nom de la religion. Violence au nom de l'anti religion. Les andouilles athéistes qui en appellent à la protection des "valeurs républicaines" contre la violence religieuse font fi du du fait que leur république a exercé des violences bien supérieures à celles de toutes les religions lorsqu'elle a voulu s'imposer.
 
Les musulmans fanatiques qui dégomment des gays en Floride ou des policiers en banlieue parisienne ne font quant à eux rien d'autre que ce que fait l'islam depuis sa création. A quelques exceptions près, l'islam n'a été que conquête violente ; il s'est étendu, en grande partie sur les terres chrétiennes, par la bataille et les conversions plus ou moins forcées.

La chrétienté, qui s'est d'abord imposée et étendue pacifiquement, a ensuite commis elle-même des violences. Mais comme elle est la religion du Christ, la moindre goutte de sang versé retombe sur elle pour l'éternité, et lui sera à jamais (et à raison) reprochée. Au contraire, les diverses atrocités commises par les légions musulmanes tombent rapidement dans l'oubli, car elles sont moins scandaleuses, et paraissent plus naturelles, en somme.

Tuer un pécheur est l'acte le plus impie qui soit, car il empêche à jamais ce pécheur de s'amender et de trouver le salut. C'est surtout se substituer à la justice divine, et se faire Dieu soi-même. Mais l'islam, vaste entreprise d'asservissement visant à faire oublier la divinité du Christ, se fiche pas mal de faire le salut de l'humanité. Seule la puissance terrestre l'intéresse.

Entendons-nous bien : de nombreux musulmans de confession sont d'admirables personnes, alors que nombre de chrétiens affirmés sont de parfaits connards. Mais les premiers sont d'aussi mauvais musulmans que les seconds sont de mauvais chrétiens. Rien ne serait plus beau aujourd'hui que la conversion en masse au Christ de musulmans, qui feraient honte à la fois à la société moderne sécularisée, qu'ils méprisent à juste titre, et à la doctrine néfaste du Coran et des hadiths.

Un musulman a  jugé conforme au Bien et à la bienséance d'assassiner un couple de policiers français devant leur enfant de trois ans. Il parait qu'il s'est ensuite filmé, devant l'enfant assis sur le canapé, disant à son propos : "Je ne sais pas ce que je vais faire avec lui".

Pauvre fou. Tu ne peux rien faire avec lui. Tu n'es rien, tu es le néant, l'enfant est tout, il est l'espoir. Pharaon n'a rien pu faire contre Moïse enfant sauvé des eaux, Hérode a été impuissant contre l'enfant Jésus, échappant à ses sbires sanguinaires.

Tu aurais pu le massacrer physiquement, chacun de tes coups se serait retourné contre toi, de même que le massacre des Innocents n'a pas protégé le prince de ce monde contre la venue du Roi des cieux.

Et finalement, l'enfant a survécu.

"Après le départ des mages, un ange du Seigneur vint se manifester à Joseph au cours d’un rêve. Il lui dit :
— “Lève-toi, prends l’enfant et sa mère et va te réfugier au pays d’Égypte. Tu y resteras jusqu’à ce que je te le dise, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.”
Joseph se leva aussitôt ; cette même nuit il prit l’enfant et sa mère et partit au loin vers l’Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode et de cette façon s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par la bouche du prophète :

J’ai fait revenir mon fils d’Égypte.

Quand Hérode se rendit compte qu’il s’était laissé avoir par les mages, il devint furieux. Il envoya massacrer tous les enfants de Bethléem et des environs, tous ceux qui avaient moins de deux ans, selon les précisions que lui avaient données les mages.
De cette façon s’accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie :
On a entendu des cris à Rama,

on gémit et on n’en finit pas de se lamenter.

C’est Rachel qui pleure ses enfants ;

ils ne sont plus, et elle ne veut pas s’en consoler".


C'est dit dans l’Évangile de Matthieu.

Et comme le Bon Dieu ne nous laisse jamais tout à fait seuls sans envoyer quelques signes, destinés à ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, il se trouve que Mathieu est justement le prénom de l'enfant.

Enfant, si je pleure en pensant à toi, c'est parce que les larmes contiennent aussi l'espoir.

mercredi 25 mars 2015

Voici la servante du Seigneur

La principale raison de la déchristianisation du monde occidental ne tient pas tant au triomphe de la raison (qui a de plus en plus de plomb dans l'aile, et qui n'empêche pas les braves athées de s'enticher de gourous les plus divers) ni au bien-être matériel (qui joue certes son rôle en amollissant les sens, mais qui n'a pas empêché dans le passé la conversion sincère de gens sans besoin matériel) que dans l'incapacité pathologique de l'humain post-moderne à faire preuve de la moindre espèce d'humilité.

Il est étrange que l'humilité ne soit pas comptée au nombre des vertus catholiques. C'est pourtant le fruit espéré du tout premier mystère médité par le chapelet du rosaire, celui de l'Annonciation.

C'est pour avoir fait preuve de la plus grande humilité que la Vierge Marie s'est retrouvée dans l'état que l'on sait. "Voici la servante du Seigneur, qu'il m'arrive selon ta parole", répond-elle simplement à l'ange (Luc 1,38).

La ménagère contemporaine est prête à gober n'importe quel truc et astuce de beauté des magazines spécialisés, mais face à un ange qui lui annoncerait qu'elle pourrait porter le Fils de Dieu, elle répondrait aujourd'hui : "Vas-y toi, tu m'prends la tête, et d'abord touche pas à ma liberté".

Liberté, liberté chérie. La seule authentique liberté est pourtant celle de consentir à la volonté du Ciel. Le reste n'est qu'orgueil mal placé. Toute la propagande publicitaire et politique du monde occidental consiste à cultiver l'orgueil des individus, pour mieux les asservir.

Du reste, Joseph aussi a fait preuve de la même humilité dans l’Évangile de Matthieu (1,24). Il y a parité sur la question. On aurait même pu dire que l'humilité de Joseph est supérieure puisqu'il accepte un enfant qui n'est pas son fils, pour finalement rester dans l'ombre après avoir tout donné. Mais la compétition dans l'humilité ne serait pas très digne.

Au demeurant, ce qui précède est un hommage du vice à la vertu : l'humilité n'est pas ce qui caractérise le plus l'auteur de ces lignes. Seulement j'ai eu une fois dans ma vie l'occasion de faire preuve d'humilité intellectuelle, et les vastes champs de connaissance et de perception qui se sont ouverts à moi à cette occasion me donnent envie de dire à mes contemporains : essayez juste une fois, vous aussi.

dimanche 18 janvier 2015

Chacun aura pour ennemis les gens de sa maison

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix à la terre. Je ne suis pas venu amener la paix mais l’épée. Je suis venu pour créer la division : on sera contre son propre père, la fille s’opposera à sa mère et la jeune mariée à sa belle-mère. Chacun aura pour ennemis les gens de sa maison".
(Matthieu 10, 34-36)

On aurait tort de prendre cette parole du Christ pour un appel à la guerre. C'est une simple constatation. Le fait est que celui ou celle qui, suivant l'enseignement fondamentalement pacifique du Christ, refuse de hurler avec la meute, se voit à son tour l'objet des attaques de la meute, y compris dans sa propre famille.

Étant l'objet des attaques de la meute, celui ou celle qui, suivant l'enseignement du Christ, se refuse à accuser autrui pour détourner la violence sur lui, comme cela se pratique habituellement au sein de l'humanité, verra les attaques redoubler.

Au final, ces paroles sont un réconfort, le seul réconfort, même, de celui qui est attaqué pour avoir simplement défendu la vérité et la décence jusqu'au bout.

Pour cela, merci Jésus.

mardi 13 janvier 2015

Reprenons nos esprits

D'accord, nous avons été sous le choc de la tuerie. D'accord, vous êtes allés marcher, pour protester, pour vous réchauffer, pour vous rassurer. Comme j'aurais aimé être l'un des vôtres ! Mais il y a tellement longtemps que je ne me sens plus en communion avec les émotions mainstream de ce pays que je n'ai pas pu. Ce réconfort ne m'était pas permis.

Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude.

Cette belle unanimité du monde politique et médiatique ne peut qu'engendrer une réaction de rejet pour tous les esprits qui ont été vaccinés contre les émotions de masse à force de subir la propagande sur le 11 septembre 2001, sur l'Europe, sur l'Ukraine, sur le reste.

Ne croyez pas que n'aie pas été touché. Wolinski, Cabu, pour moi ça faisait partie des meubles, du décor familial. Même si je n'étais plus du tout en accord avec ce qu'ils faisaient et avec ce qu'ils représentaient, apprendre qu'ils aient été flingués par des cinglés m'a foutu en l'air.

Et pourtant...

Reprenons nos esprits.

Nous sommes dans un monde officiellement matérialiste. Dans ce monde-là, seul ce qui impacte la matière (ou la chair, cette matière vivante, ou plus exactement cette vie considérée comme de la matière) a de l'importance. 

Tout ce qui relève de l'esprit, en revanche, est soit nié, soit relégué au second plan, ou, comme on dit, à la sphère privée (mais existe-t-il vraiment une sphère privée déconnectée du social ?) : "Que chacun pense ce qu'il veut dans son coin, que les échanges entre les hommes ne concernent plus que la matière, et les vaches seront bien gardées".

Tuer un homme relève d'un crime contre la chair aussi bien que d'un crime contre l'esprit. Mais il existe aussi des crimes contre l'esprit seul, et ceux-là la société moderne s'en accommode, voire les encourage.

Et c'est là que le bât blesse, c'est là aussi que les défilés de dimanche comportaient une ambiguïté dommageable : on pouvait craindre que sous prétexte de dénoncer les crimes contre la chair, on n'en vienne à glorifier les crimes contre l'esprit : les insultes, les calomnies, les attaques contre les symboles.

Car le dessinateur survivant Luz l'a bien expliqué : le boulot de Charlie, dans le concert des médias dont il était partie intégrante, était de détruire tous les symboles.

Or aucune communauté humaine ne peut tenir debout sans symboles, du grec sun-ballein, ce qui fait tenir ensemble. Le contraire de sunballein étant diaballein, ce qui désunit, qui a donné son nom au diable.

Notre monde matérialiste n'a de cesse de piétiner systématiquement ce qui peut ressembler à un symbole ou à une spiritualité. Femens, mariage gay, expositions publiques de godemichés géants, multiplications de profanations d'églises, tout cela se produit dans l'indifférence ou avec les encouragements des pouvoirs publics et sous la houlette des classes "créatives", des artistes et des professions dites "intellectuelles".

Lorsqu'un béotien s'avise de protester contre ces atteintes à la spiritualité, la réponse est toujours la même : tant que ça ne touche rien de matériel, qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? Réponse fallacieuse, bien sûr, qui fait mine d'ignorer qu'on peut souffrir d'une attaque symbolique encore plus que d'une attaque matérielle.

Mais puisque seule la matière vous importe, peut-être vous sera-t-il possible d'entendre qu'à force d'abattre des symboles, c'est toute la société qui risque de s'effondrer, avec éventuellement quelques conséquences matérielles à la clé ?

Aucune société ne peut vivre sans symboles, disais-je. La nôtre en vérité, malgré ses bravades, ne fait pas exception. Mais puisqu'elle rejette dans les limbes de la sphère privée tout ce qui relève du spirituel, elle s'est trouvée une religion de substitution, qui consiste à s'opposer aux religions. On a appelé ça la laïcité.

Ce qui est amusant, car au départ la laïcité est une idée chrétienne, signifiant que le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sont distincts. ce qui n'implique aucunement que le premier soit banni de l'espace public. Mais la laïcité est devenue tout autre chose : un programme de lutte contre le spirituel au nom de la matière. Autrement dit, la seule chose qui tienne cette société debout est de sonner l'alarme dès que sort du bois quelque chose qui ressemble à un dangereux idéalisme. Attention, un catholique ! Attention, un patriote ! Attention, un musulman ! Et la société de se regrouper pour faire face au danger qui menace son bien-être et sa sécurité.

Le reste du temps, le citoyen-consommateur est appelé à rester bien sagement à jouir de sa tranquillité d'esprit, en essayant de ne pas trop penser à la mort qui s'approche... Oh bien sûr, on a le droit de se bricoler sa petite spiritualité de pacotille dans son coin façon new age... Mais surtout rien de collectif, rien de vraiment sacré, sinon gare... 

Règne de la dérision, de la caricature, du cynisme, voila ce qui rassemble la génération Canal + qui vomit tout ce qui peut être ressembler à de la grandeur, de la noblesse, de la sagesse, assimilés à l'oppression fasciste-patriarcale-de-droite.

Mais pour exister, cet "esprit" de dérision a besoin de s'attaquer aux vraies croyances, sous peine de tourner à vide.Voilà pourquoi on va traquer, sans raison apparente, jusque dans les chiottes, les dernier croyants, pour les ridiculiser jusqu'au dernier souffle, et peu importe si ceux qu'on attaque ne représentent aucun pouvoir.

Voilà pourquoi on sacralise aujourd'hui le droit à la caricature et au blasphème tout en niant la possibilité du sacré, pourquoi on béatifie sancto subito les morts de Charlie Hebdo tout en crachant sur la sainteté. Voilà pourquoi un hebdomadaire satirique qui se proclamait "irresponsable" devient l'étendard du système politique.

La réaction médiatico-politique aurait été bien moindre si les attentats n'avaient touché "que" des flics ou des quidams. Mais là, on a touché au seul sacré que s'autorise notre civilisation, qui est l'anti-sacré, le blasphème institutionnel.

Or il n'est plus possible de se borner à ce sacré de substitution, qui ne sait que dénoncer le mal (généralement sous la forme d'un rappel pseudo-historique des années 1930) sans être capable de définir le bien. Qui oublie que les valeurs qu'il oppose à la religion (laïcité, compassion, liberté individuelle de croyance) sont des apports du christianisme.

Tel le propriétaire bobo qui fait rénover son appartement en faisant tomber toutes les cloisons, l'homme post-moderne aime l'ouverture et n'aime pas les murs. Le problème, c'est qu'il s'est maintenant attaqué aux murs porteurs, et que ça commence à grincer.

Il existe pourtant des esprits dans ce monde matériel. Comprimés, insultés, mal à l'aise en permanence, ils ne trouvent pas les mots pour se défendre. Certains esprits pètent les plombs, versent dans une révolte nihiliste et sanguinaire. Qui prend parfois les atours de l'islam, et parfois la tête d'Anders Breivik. Les autres s'assomment à coups de séries TV, d'antidépresseurs et de tablettes numériques pour oublier qu'ils existent. Et lorsqu'ils sont réveillés de leur torpeur par les premiers, il se réfugient dans le troupeau émotionnel, qui ne sait que crier "non à la haine, attention aux religions", sans comprendre que c'est le rejet de toute spiritualité positive qui provoque de telles catastrophes.

Il est temps de revenir à une spiritualité publique et cohérente. La caricature et le blasphème, qui peuvent être salutaires lorsque la morale est étouffante, doivent être néanmoins remis à leur juste place de bouffonnerie. Ce qui nous étouffe aujourd'hui, c'est la bien-pensance et la fausse compassion, pas la religion.

Il est d'ailleurs significatif que le système accuse et censure Dieudonné, qui est pour le coup un véritable blasphémateur, puisqu'il ne s'attaque pas à des croyances minoritaires et mal en point, mais aux seules valeurs sacrées de notre temps, et notamment à cette fameuse sacralisation des événements de la seconde guerre mondiale.

Il est grand temps, disais-je, de revenir à une religion publique, séparée du pouvoir temporel, mais respectée et consultée par celui-ci. Et en premier lieu, au catholicisme, religion traditionnelle de la France, qu'elle a façonnée jusque dans sa chair ; religion qui porte par ailleurs (lorsqu'elle ne les oublie pas en route) les enseignements vitaux du christianisme, religion du Dieu qui s'est incarné, qui a souffert, qui est mort et ressuscité pour avoir pardonné à ses bourreaux sur la Croix. Religion qui enseigne à ne pas accuser les autres des maux du monde, mais à se regarder d'abord soi-même. A faire société sans pour autant sacraliser la société elle-même. Sans idole et sans bouc émissaire.


La France n'a pas besoin de manifestations, elle a besoin de prières.

mercredi 7 janvier 2015

Requiem

Tuerie à Charlie Hebdo. 12 morts. Entendre la nouvelle de la mort de dessinateurs qui ont marqué votre jeunesse, même si vous avez ensuite rompu avec leurs idées, ne peut laisser froid.

Je fus un lecteur assidu de Charlie entre 1994 et 1999. J'ai lâché à cause du tournant pro-atlantiste de Val, devenu trop visible à partir de la guerre du Kosovo. Charlie était devenu le symbole d'une fausse impertinence et d'un vrai conformisme. J'ai toujours regretté de ne plus avoir un bon journal de dessins pour me fendre la poire.

Il n'en reste pas moins qu'il apparaît maintenant que le danger couru par Charb et consors était bien réel, et cela ne peut que forcer le respect.

Je prie pour le salut de leurs âmes, ainsi que pour les policiers tués.

Je prie pour la France, pour qu'elle ne sombre pas dans la guerre civile et qu'elle ne devienne pas un champ de bataille du prétendu choc des civilisations.

lundi 29 décembre 2014

Y'a-t-il une morale laïque ?

Non, bien sûr.

La notion de morale laïque, remise à l'ordre du jour par le ministère de l'Education nationale, n'a aucun sens, comme l'a souligné depuis longtemps Simone Weil : 

« Depuis deux ou trois siècles on croit à la fois que la force est maîtresse unique de tous les phénomènes de la nature, et que les hommes peuvent et doivent fonder sur la justice, reconnue au moyen de la raison, leurs relations mutuelles. C’est une absurdité criante. Il n’est pas concevable que tout dans l’univers soit absolument soumis à l’empire de la force et que l’homme puisse y être soustrait, alors qu’il est fait de chair et de sang et que sa pensée vagabonde au gré des impressions sensibles.
Il n’y a qu’un choix à faire. Ou il faut apercevoir à l’œuvre dans l’univers, à côté de la force, un principe autre qu’elle, ou il faut reconnaître la force comme maîtresse unique et souveraine des relations humaines aussi. 
(...)

« La force (...) est un mécanisme aveugle dont sortent au hasard, indifféremment, les effets justes ou injustes, mais par le jeu des probabilités, presque toujours injustes. (...)
Si la force est absolument souveraine, la justice est absolument irréelle. Mais elle ne l’est pas. Elle est réelle au fond du cœur des hommes. La structure du cœur humain est une réalité parmi les réalités de cet univers, au même titre que la trajectoire d’un astre
. » 
(Simone Weil, L'Enracinement, citée ici).

La morale laïque, au sens où l'entendent Mme Vallaud-Belkacem et ses inspirateurs, signifie la morale déconnectée de toute référence surnaturelle, donc reposant uniquement (à moins qu'il n'existe une source cachée qu'on aurait omis de nous signaler) sur le matérialisme athée. 

Or le matérialisme ne peut inspirer aucune morale. Il sera difficile d'enseigner aux élèves le darwinisme et la loi du plus fort en sciences naturelles de 9H à 11 H, pour ensuite essayer de leur demander d'être gentils et de partager avec leurs camarades en cours de morale de 11H à midi (surtout à l'approche du repas).

La morale laïque n'est qu'une parodie de la morale catholique, qui n'est elle-même qu'un sous-produit de la vraie religion, laquelle suppose d'établir un contact avec Dieu pour distinguer le bien du mal.

Mais il est vrai que l'Eglise catholique semble avoir renoncé elle-même à faire autre chose que diffuser une simple morale mondaine à l'attention des incroyants qui peuplent ses travées. Il m'a été pénible d'assister à une messe selon le rite ordinaire le soir de Noël, étant habitué depuis quelques temps à la pureté du rite tridentin. La nombreuse assistance a dû subir les imprécations de laïcs qui lançaient ce qui leur passait par la tête et qui leur semblait relever d'une morale moderne : "débarrassez-vous de vos préjugés", "soyez vous-mêmes", disaient-ils, sans qu'on sache bien si ces phrases profondes venaient d'Isaïe ou de saint Paul.

Pendant ce temps, le tabernacle était relégué au fond à droite de l'église et les hosties maltraitées, montrant clairement que ni les prêtres ni les laïcs ne portent aucun respect à Dieu. Pour eux la messe n'était qu'un rassemblement mondain où ils essayaient de faire passer leur camelote de contrebande, semblable en tous points à l'esprit du temps. 

Or ce qui ne vient pas du Ciel (c'est-à -dire des Écritures, de la Tradition ou de l'Esprit saint) vient du monde, donc du Prince de ce monde. La morale déconnectée de toute transcendance ne peut être que satanique.

La morale sans Dieu, quelle qu'elle soit, n'est que ruine de l'âme.

vendredi 24 octobre 2014

Apologie du catholicisme romain

Simone Weil (*), qui avait conscience d'avoir dans son cerveau tourmenté par les migraines, de l'or pur dont il lui fallait témoigner, a montré la voie vers le vrai Dieu. A rebours de la méthode pascalienne ("faites semblant de croire et vous croirez"), Weil a au contraire professé que la foi véritable vient quand l'esprit se dépouille de toute croyance parasite. Le vide créé dans l'âme par la disparition de toutes les illusions qui l'encombraient crée un appel d'air dans lequel peut venir se loger, si on sait l'attendre assez longtemps, Dieu.

Pour l'homme moderne, évidemment, les mensonges et les illusions dont il convient de se débarrasser ne sont pas les croyance irrationnelles ou surnaturelles dont on aime se gausser, mais au contraire la croyance dans la modernité, la science, le progrès, la culture, le sexe, les sentiments.

La vraie religion, c'est ce qui demeure quand on a cessé de croire à tout le reste.

Weil voyait dans la religion du Christ transmise par la tradition catholique un véhicule presque parfait pour renoncer aux illusions du monde et se tourner vers la vérité.

Notre époque hait le christianisme et à plus forte raison le catholicisme romain ; raison de plus pour se tourner vers celui-ci. Car ce qu'on lui reproche avant tout, c'est de disposer d'un clergé, d'une hiérarchie et d'institutions bien établies, ce qui est intolérable dans notre monde de réseaux et d'identités mouvantes.

Beaucoup se déclarent presque prêts à accepter le message du Christ, mais pas l’Église. Ils oublient que c'est cette Eglise qui a, depuis les origines, mis par écrit, transmis, interprété, propagé le message du Christ. Sans elle, ce message aurait depuis longtemps été dispersé, falsifié, oublié, dilué, relativisé. Voilà la réelle raison de la détestation de l'institution ecclésiastique : c'est bien au message du Christ qu'on veut faire la peau, même si on n'ose pas le dire ouvertement.

Car notre époque, qui est fille indigne du christianisme dont elle s'évertue à piétiner l'héritage, s'est approprié le "souci des victimes" (**) qui était celui du christianisme. Sauf que, contrairement à la parole du Christ, ce discours moderne de défense des opprimés ne sert pas à libérer mais à asservir. C'est désormais au nom de la défense des faibles et des minorités qu'on emprisonne, qu'on espionne, qu'on bride la liberté d'expression, qu'on mène des guerres de colonisation, etc.

Aussi le christianisme représente-t-il un concurrent gênant qu'il faut éliminer, écraser. Le protestantisme n'est pas trop embêtant, car le monde peut s’accommoder des croyances individuelles qui n'empiètent pas sur la place publique. L’Église catholique, elle, représente par sa seule existence un caillou dans la chaussure de l'empire capitaliste.

Les attaques médiatiques incessantes (films, documentaires, articles ou autres) contre l’Église se fondent sur les errements de la partie mondaine de celle-ci, dont les vices (réels) sont amplifiés, systématisés voire inventés (selon le lieu commun d'une Église toute puissante et intolérante). On n'ose pas s'attaquer au message lui-même qu'on se contente d'ignorer ou de caricaturer comme un "conte de fée pour enfants" sur lequel il ne faut même pas s'attarder. Il ne faudrait surtout pas donner l'idée à quiconque d'ouvrir la Bible.

Ces attaques, donc, sont injustes et exagérées. Mais même si on les démontait point par point (en faisant la lumière, par exemple, sur les croisades ou sur l'inquisition), si on montrait que la montagne des crimes de l’Église n'est qu'un caillou, les antichrétiens continueraient de trébucher sur ce caillou.

J'en sais quelque chose ; j'ai moi-même participé à la curée. Étudiant en histoire, et devant travailler sur un épisode dramatique de l'histoire contemporaine, j'avais réussi à trouver le moyen d'en attribuer la responsabilité à l’Église catholique - ce qui m'avais valu une excellente note. Rétrospectivement, je peux assurer que l’Église n'est pour rien dans l'affaire. Mais pour celui qui a décidé de faire la peau de l'infâme, la moindre erreur du moindre prêtre sera toujours l'occasion de condamner toute l’Église et d'en souhaiter la disparition rapide.

Les mêmes, au demeurant, vont souvent trouver toutes sortes de circonstances atténuantes au communisme d’État, qui n'en a pourtant pas beaucoup.

Ils ont des yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et ne comprennent pas : la prophétie d'Isaïe n'a jamais été aussi vraie qu'en cette époque ou par l'internet on peut avoir toutes les connaissances sous les yeux, et où pourtant on continue à se fourvoyer.

Quant à l’Église, si son action a pu être positive dans le monde, c'est lorsqu'elle a cherché en priorité le royaume des cieux et non un hypothétique royaume terrestre. Les monastères, les chants grégoriens, la liturgie resteront à jamais des phares dans la nuit, au contraire des actions circonstancielles et des déclarations politiques. L’Église est composée d'hommes, ce qui la rend vulnérable aux idées du temps (aujourd'hui plus qu'hier, puisque les hommes subissent l'influence quotidienne des écrans). Raison pour laquelle elle ne doit se mêler d'aucune politique, même et surtout si elle pense agir pour le bien.

Elle doit se contenter de guider les âmes vers le chemin du Christ. Il est possible que ces âmes en sortent plus fortes et plus charitables et que cela ait une influence positive sur le monde, mais cette action menée en tant qu'hommes et non en tant que chrétiens sera invisible.

Seule la conquête spirituelle des cœurs importe. Et la lutte ne peut se mener qu'en dévoilant l'inanité des croyances modernes (telle que par exemple cette ridicule croyance en la liberté de l'art, qui cherche à sacraliser l'art alors que celui-ci est précisément mort d'avoir évacué le sacré : voir l'affaire du machin vert ici).

Simone Weil a fait l'apologie du christianisme et s'est rapprochée du catholicisme romain, mais elle n'a jamais franchi le pas du baptême. Manque de temps ? Doute ? Crainte de retrouver embrigadée dans un camp ? Esprit de sacrifice extrême qui refusait même le réconfort du baptême ? Quoi qu'il en soit, sa pensée, qui a tracé un chemin d'or pur vers Dieu, nous laisse libre de suivre ce chemin jusqu'au bout ou pas.


(*) philosophe morte jeune, connue pour La pesanteur et la grâce, qu'on ne confondra pas avec Simone Veil, politicienne vivant depuis longtemps et connue surtout pour sa pesanteur.

(**) Cf René Girard - Je vois Satan tomber comme l'éclair

jeudi 24 juillet 2014

Notre pain surnaturel

Dimanche dernier le PCF distribuait un étrange tract qui sonnait comme un aveu d'impuissance sous forme d'un appel au débat. On me dira qu'on se fiche pas mal de ce que racontent les tracts du PCF, mais ce n'est pas là que je veux en venir.

C'est que ce tract mignon tout plein était révélateur de la faillite non seulement du communisme, mais aussi du matérialisme en général.

Tous les partis sont plus ou moins matérialistes de nos jours, mais disons que le PCF est un étalon chimiquement pur de cette catégorie. Et c'est précisément la raison pour laquelle il est structurellement incapable de comprendre les besoins des êtres humains et d'y répondre par une offre crédible. Le matérialiste, par définition, ne perçoit jamais rien d'autre que les problèmes matériels des hommes, et écarte comme insignifiants les aspects spirituels du monde, considérés au mieux comme une fantaisie personnelle  laissée à la liberté de chacun (tant que ça reste du domaine privé, comme on dit), au pire comme un danger qu'il faut éliminer - car les lubies existentielles tendent à détourner le bon peuple de son intérêt de classe.

Au demeurant, ce matérialisme est tout à fait partagé par les libéraux. Et en réalité les marxistes se sont toujours faits les meilleurs alliés objectifs du capitalisme, qui ne veut connaître que des homo economicus ne poursuivant que leur intérêt matériel, pour pouvoir vendre toujours plus de produits inutiles à des consommateurs éternellement insatisfaits...

Priorité est donc donnée au pouvoir d'achat, aux retraites et tutti quanti. L'idéal de société des communistes et apparentés est une économie de guerre, où l'on se soucie d'abord de ravitaillement sous l'égide d'un État-général-en-chef qui réquisitionne et redistribue.

En revanche les questions relative à l'identité, aux racines, à la spiritualité, à la morale sont reléguées aux oubliettes - on leur substituera la "culture", qui consiste à subventionner des "artistes" dont le rôle est de singer les modes d'expression religieux des temps anciens (musique, théâtre, peinture), la catharsis en moins.

Et donc,ce qui est amusant, c'est que le PCF ne comprend pas pourquoi le petit peuple, qui aurait en principe intérêt à voter pour son programme, s'en fiche complètement. C'est que personne n'a jamais osé leur dire en face cette vérité simple : à savoir que les questions matérielles, les pauvres trouvent ça assommant (c'est d'ailleurs pour ça qu'ils sont pauvres).

Bien sûr, si vous demandez à n'importe quel quidam s'il souhaite améliorer son pouvoir d'achat, il ne dira pas non. De là à se passionner pour la lutte finale, c'est une autre affaire.

En réalité, la bonne fortune électorale du PCF au siècle dernier, qui lui assurait ses 20-25 %, c'est qu'il savait faire rêver : le Grand Soir, les insurrections nocturnes sous les projecteurs des cuirassés, les trains blindés filant dans la neige... En voilà du beau mythe à l'ancienne ! C'était bien par un sentiment d'ordre religieux que les ouvriers acceptaient de se battre, et pas pour leur pouvoir d'achat.

Le problème des mythes, c'est qu'ils finissent tôt ou tard par être éventés. Le communisme n'est même plus bon pour gérer ses dernières communes de banlieue.

Oublions maintenant le PCF, qui ne nous aura servi que de longue introduction pour le sujet principal.

Le matérialisme vient de loin. Les anciens Romains, qui n'aimaient pas beaucoup la spiritualité, avaient pour seul programme de gaver le peuple de pain et de jeux.

Le Christ, lui, voulait donner aux Hommes une autre sorte de nourriture, invitant la Samaritaine à boire de son eau pour n'avoir plus jamais soif, annonçant à ses disciples le pain du ciel avec lequel ils n'auraient plus jamais faim (Jean 6,35), rappelant au diable lui-même que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Matthieu 4,4).

La prière qu'il a enseigne aux Hommes comportait donc la demande "Donne-nous aujourd'hui notre pain surnaturel" (Ton arton hêmôn ton epiousion dos hemin sêmeron, en grec translittéré).

Transposée en latin, cette prière devint étrangement "Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien" (Panem nostrum cotidianum da nobis hodie). C'est que l’Église romaine, héritière non seulement des apôtres mais aussi de l'empire, était dès le départ (et contrairement aux églises orientales fidèles à la version grecque), contaminée par le matérialisme. Et donc incapable de comprendre que le pain dont il était question n'était pas un pain terrestre, mais un pain "epiousion", de epi, au dessus, et ousion, substance, soit supersubtantiel ou surnaturel. Erreur génératrice de confusion pour les siècles des siècles, beaucoup croyant que le royaume de Dieu consistait simplement en une promesse terrestre de prospérité.

C'est ce christianisme occidental qui a enfanté, presque directement, le communisme, lorsque, déçus par cette Église au service du pouvoir, d'aucuns ont voulu fonder une nouvelle Église qui apporterait vraiment les promesses du royaume de Dieu sur Terre. Et ils nommèrent leur Église Communisme et leur Dieu Science. Mais cette religion nouvelle était une idolâtrie, un culte de la matière.

Or les besoins des Hommes sont d'abord spirituels et ensuite matériels. un homme peut endurer la faim, le froid, la douleur avec le sourire si son âme est rassasiée.

Au contraire, il peut se gaver à longueur de journée de gras, de sucre, de tablettes électroniques et de bagnoles, il restera insatisfait et maussade.

On peut remplir une âme de choses fausses - c'est l'idolâtrie. Mais ses bienfaits ne durent qu'un temps, et laissent l'âme en déroute une fois dissipés. Ou on peut s'efforcer d'y faire le vide pour qu'y pénètre la vérité - c'est la vraie spiritualité qu'a tenté d'enseigner le Christ, et que les écrits de Simone Weil tentent de mettre à portée de nos esprits modernes pollués par le matérialisme.

Il est heureux que les partis politiques ne s'occupent plus du domaine spirituel - ils ne sauraient que le dégrader, le salir et instrumentaliser les plus belles idées.

Ce qui est fort dommage, en revanche, c'est que de braves gens se lancent dans le militantisme politique en croyant combler un vide existentiel - en vain, évidemment.




jeudi 3 juillet 2014

Remplissage

Recevoir Dieu implique de se laisser remplir de l'Esprit.

Auparavant il est nécessaire de se vider de toutes les choses mondaines qui nous encombrent l'âme. C'est pourquoi le monde moderne (capitaliste et satanique, qui sont des quasi synonymes) n'a de cesse de vouloir nous gaver (d'images, de sons, de nourriture, de loisirs, de sexe, de consommation), pour nous empêcher à tout prix de faire le vide et de nous tourner vers Dieu. Car cela nous révélerait la vanité des fausses récompenses que nous accorde ce monde.

La promotion de l'homosexualité par la propagande médiatique est très révélatrice à cet égard. Le sodomite passif est littéralement quelqu'un qui se fait remplir - et se sent donc comblé à peu de frais. Les gays branchés en ressentent souvent une supériorité sur les "hétéros" (comme ils disent). Un blogueur postulait même qu'on ne pouvait rien comprendre au monde si on n'avait pas eu, je cite, "le courage de mettre une bite dans sa bouche" (je n'invente rien).

Cette supériorité est factice. Le bien-être qu'on ressent en se remplissant de la sorte entraîne ramollissement des neurones et soumission aux puissances du monde. La preuve : les gays multiplient les anglicismes et consomment à tout va.

Par ailleurs la condition naturelle du mâle est d'être vierge (moralement s'entend). C'est la raison pour laquelle les Écritures mettent en garde sans ambiguïté contre l'homosexualité. C'est aussi la raison pour laquelle la fonction sacerdotale échoit aux hommes.

Le cas des femmes est plus ambivalent. La femme sent naturellement le besoin de se faire remplir, ce qui peut, lorsqu'elle réussit à rester vierge, la mener plus facilement qu'aucun homme vers Dieu. Simone Weil (vierge farouche) a ainsi parfaitement compris que pour connaître la présence de Dieu il fallait se mettre dans une position d'attente passive et faire le vide (Cf. Attente de Dieu. Voir aussi dans la Bible le Cantique des Cantiques). Cette passivité n'est pas spontanée chez le mâle, qui croit souvent qu'il faut chercher Dieu activement en s'élevant.

Mais la femme succombe aussi plus facilement à la tentation de se remplir de choses terrestres (les boutiquiers en savent quelque chose).

Les non vierges peuvent se sauver en se consacrant à un mari et à des enfants qui leur serviront d'intermédiaires à l'image de Dieu.

Voilà pourquoi le christianisme met les humains en garde contre les faux plaisirs (le vrai plaisir consiste non pas à se remplir en consommant mais à contempler la beauté) et contre le sexe en particulier. Non pas pour les asservir par la frustration, comme le prétend la doxa moderne, mais au contraire pour les libérer de leurs chaînes.


"Comme du gaz, l'âme tend à occuper la totalité de l'espace qui lui est accordé (...) Ne pas exercer tout le pouvoir dont on dispose, c'est supporter le vide. Cela est contraire à toutes les lois de la nature : la grâce seule le peut.
La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir, et c'est elle qui fait ce vide.

Nécessité d'une récompense, de recevoir l'équivalent de ce que l'on donne. mais si, faisant violence à cette nécessité, on laisse un vide, il se produit comme un appel d'air, et une récompense surnaturelle survient. Elle ne vient pas si on a un autre salaire : ce vide la fait venir" (Simone Weil - La Pesanteur et la grâce).

mardi 1 juillet 2014

Du bon usage de la tradition

L'alternative modernité ou tradition est toujours mal posée, dans la société en général et dans l’Église catholique en particulier.

La tradition est une chose fragile et précieuse, qu'il convient de protéger et de faire vivre. 

Les modernistes sont contre la tradition, qui leur apparaît comme un poids mort qui empêche l’Église de s'adapter au monde moderne, et par voie de conséquence de toucher les cœurs du plus grand nombre. Erreur funeste qui coupe les croyants de leurs racines et les incite à vénérer les idoles du monde. Au demeurant les grotesques tentatives pour paraître branché ne débouchent généralement que sur du ridicule ou au mieux de l'insignifiant.

Les traditionalistes quant à eux sont assis sur la tradition comme Harpagon sur sa cassette, confondent défense de la tradition et défense de l'ordre social et finissent par idolâtrer les rites et la religion (ce qui est bien le comble de l'idolâtrie ; car la religion est un moyen d'accéder à Dieu, et non une fin en soi).

Leur point commun est de faire de la religion une affaire sociale et mondaine - groupement d'individus de bonne volonté d'un côté, coterie de bien-pensants de l'autre. Nul ne semble réellement croire en Dieu.

Les modernistes ont supprimé les chants grégoriens de leurs cérémonies, et l'ont remplacé par d'insipides chansonnettes. Les traditionalistes croient défendre le  grégorien, mais ils l'étouffent et ils en font une interprétation plate et sans âme. Quelques-uns font revivre un chant grégorien profond et mystique, du côté de l'abbaye du Thoronet par exemple.

vendredi 20 juin 2014

Faut-il se soumettre à la force ?

Quand dans quelques décennies on se retournera sur cette époque trouble qui est la notre, il faudra bien se rendre à l'évidence : Alain Soral est le remueur de pensées le plus intéressant de notre temps. J'allais écrire "le penseur", mais le terme était fort mal choisi puisque Soral illustre plutôt la formule de Rudyard Kipling : "...penser sans n'être que penseur" (*).

Non, Soral n'est pas un penseur, mais un boxeur en lutte contre le monde moderne qui manie le concept comme on balance un coup de pied circulaire (il s'agit bien entendu de boxe française). Une pensée en mouvement qui prend le risque de se tromper pour éviter la certitude de rester coincée dans une impasse.

Quand j'ai commencé à l'écouter et à le lire (au lendemain des présidentielles de 2012), j'étais un petit électeur de Mélenchon ex-anarchiste, influencé par la gauche bourdieusienne façon Monde diplomatique, et déboussolé par la persistance du peuple français à préférer le Front national au Front de gauche. J'ai pris le risque de confronter mes certitudes au discours ennemi, et après avoir erré sur divers sites plus ou moins écœurants qui ne m'ont rien appris, je suis resté bloqué sur Égalité & Réconciliation.

Tour à tour fasciné par la verve du bonhomme, amusé par les coups de tatane qu'il envoyait à la gueule de ceux que je considérais déjà comme des adversaires (Attali, BHL, le PS), choqué par l'absence de retenue avec laquelle il pouvait attaquer des adversaires sur leur sexe ou leur origine ethnique, touché par sa sincérité parfois désarmante... quoi qu'il en soit le résultat était sans appel : j'avais beaucoup plus appris sur le monde en quelques mois qu'au cours de nombreuses années d'études. Parce que la brutalité du discours avait l'avantage de dévoiler un certain nombre d'hypocrisies de gauche qui empêchent de penser correctement.

L'expérience m'ayant sacrément débloqué les neurones, je peux rendre grâce à M. Soral de m'avoir redonné le goût de la lecture (car il n'est de lecture profitable que si l'on dispose de la grille de lecture adéquate pour en retirer la substantifique moelle), et de penser par moi-même.

***

Si je fais ce long préambule en forme d'éloge, c'est parce que je m'apprête à critiquer un point crucial du "soralisme" ; l'honnêteté la plus élémentaire m'imposait donc de reconnaître au préalable que je n'aurais pas eu ces pensées sans Soral.



La question fondamentale est celle de la force. A l'encontre du prêt-à-penser moderne qui vénère la faiblesse, la féminité, la minorité, Soral veut remettre à l'ordre du jour la force, la virilité, la majorité. Ainsi à propos de l'interview de Poutine par Elkabbach, se réjouissant de ce que ce dernier ait été impressionné par la virilité tranquille du premier, Soral salue (de mémoire) le retour à une juste "hiérarchie des cultures".

Par ailleurs, Soral affiche de plus en plus sa filiation catholique et chrétienne.

Or le christianisme bien compris consiste fondamentalement à renoncer à toute force qui n'est pas Dieu. Il n'est en aucun cas la domination d'une culture particulière sur une autre. Il y a là un point d'achoppement qui mérite d'être éclairci.

C'est à raison que Soral critique la valorisation de la faiblesse par le monde moderne, car en réalité cette idolâtrie de la faiblesse, qui s'appuie sur un sentiment chrétien détourné, sert à justifier une autre sorte de force. Concrètement, c'est la puissance états-unienne qui pilonne des petits pays au nom de la défense des minorités, c'est la politicienne féministe qui s'appuie sur la souffrance des fillettes africaines pour appuyer son plan de carrière, c'est le sioniste qui utilise les persécutions passées des juifs pour rendre son pouvoir inattaquable ; etc. ad nauseam.

Mais la critique du pouvoir qui s'appuie sur l'idolâtrie de la faiblesse ne doit pas déboucher sur une idolâtrie de la force (terrestre et/ou humaine), sans quoi on sort des rails du christianisme pour aller sur les terres de Satan.

C'est cette "fausse idée de la grandeur" que fustigeait par exemple Simone Weil dans L'Enracinement (Œuvres complètes V).

M. Soral drague les catholiques traditionalistes parce qu'il voit en eux des nostalgiques d'une puissance déchue. Son idée est de rassembler tous les fragments éparpillés d'anciennes puissances aujourd'hui opprimées par le monde moderne (catholiques, musulmans, patriotes, communistes, fascistes), pour organiser la révolte contre le pouvoir actuel (mondialiste, sioniste et capitaliste).

Or le seul point commun de tous ceux-là est d'être orphelins de puissances humaines. Constatant que le pouvoir de Satan s'appuie aujourd'hui sur l'éloge de la faiblesse, on voudrait remettre au goût du jour l'idée de puissance.

Mais pour un chrétien l'alternative ne se situe pas entre vénérer la force et vénérer la faiblesse. La seule véritable alternative (la seule liberté qui soit accordée à l'homme) est celle-ci : obéir à la volonté de Dieu ou se soumettre aux forces du monde. Ne pas se soumettre à la force ne signifie pas idolâtrer la faiblesse ; cela signifie se nourrir de la force surnaturelle (qui guérit de la peur pour toujours) et non de la puissance humaine (illusoire et provisoire), car "Nul ne peut servir deux maîtres" (Matthieu 6,24).

Les valeurs humaines et terrestres sont toujours relatives, c'est-à-dire qu'elles peuvent être bonnes, jusqu'à un certain point où elles deviennent mauvaises par excès. Ainsi en est-il de la virilité (ou de la féminité). Seules les valeurs célestes sont bonnes absolument et peuvent être consommées sans modération

On doit admirer Poutine parce qu'il tient tête au mondialisme états-unien. On doit aussi admirer la virilité parce que cette qualité se fait rare. Mais on doit rejeter la force dès qu'elle sert un maître qui n'est pas Dieu, et c'est pourquoi la phrase de Soral sur la hiérarchie des cultures (et sa complaisance pour le fascisme en général) est problématique, car le christianisme n'est pas une culture mais une révélation. Les cultures peuvent être plus ou moins bonnes ou mauvaises mais il s'agit encore une fois de valeurs humaines relatives. 

De même la dissidence soralienne est sympathique lorsqu'elle reste dissidence, mais si son but est d'instaurer une puissance humaine en lieu et place de l'actuelle puissance humaine, cela revient à utiliser Satan pour chasser Satan. "Si donc Satan chasse Satan, il est divisé et son royaume ne durera pas" (Matthieu 12,26).


La seule révolution valable est la révolution des esprits par la révélation de la vanité des idolâtries terrestres. 


(*) d'après la traduction par Jules Castier du poème If. La phrase originale est en fait : "If you can think —and not make thoughts your aim" (si tu peux penser et ne pas faire des pensées ton but).