mercredi 21 août 2013
Ces monnaies virtuelles qui font peur
Le Canard enchaîné, hebdomadaire satirique courageux qui fait la gloire de la presse démocratique, n'a pas hésité la semaine dernière (1) à publier un article dénonçant l'existence de monnaies virtuelles qui mettent en danger notre économie, telle le "bitcoin" (ce qui signifie, non pas "canard en rut", mais quelque chose comme "monnaie informatique").
Cette monnaie générée par un logiciel créé par on ne sait pas trop qui, permettrait de réelles transactions sur certains sites, voire d'être convertie en monnaies officielles, avec des variations de taux de change du style montagnes russes.
L'article nous fait frémir en indiquant que cette monnaie de singe permettrait d'acheter des produits illicites (drogues, faux papiers, contrefaçons), voire (éloignez les enfants de l'écran) de "financer la lutte islamique sans laisser de traces".
Les banques centrales commenceraient à s'inquiéter vaguement du phénomène, mais pas suffisamment aux yeux du Canard pour qui un truc qui mêle internet et islamisme porte la marque du diable. Au prétexte que le phénomène serait marginal, les autorités refusent de s'inquiéter outre mesure.
Nous ne pouvons pour notre part que surabonder dans le sens de cet article : ces monnaies virtuelles qui prospèrent en dehors de tout contrôle des peuples doivent être éradiquées. Non seulement le bit-coin, mais également son grand frère, beaucoup plus dangereux, j'ai nommé l'euro-coin-coin.
Créée en 1999, cette monnaie virtuelle a remplacé les monnaies nationales dans 17 Etats depuis 2002, est devenue la deuxième monnaie mondiale en montant de transactions.
Or l'euro-coin-coin échappe à tout contrôle gouvernemental et a fortiori populaire. Émis par une banque centrale indépendante créée par on ne sait pas trop qui, l'euro-coin-coin sème le chaos dans les économies européennes, provoquant une inflation invisible dans les statistiques (inflation de 150 % sur la baguette de pain, censément compensée par la baisse de prix des ordinateurs), tout en imposant aux peuples au nom de la lutte contre l'inflation une austérité dévastatrice pour l'industrie qui ne tient aucun compte des différences nationales.
Cette monnaie sert à toutes sortes de trafics internationaux par le biais de paradis fiscaux opaques.
Enfin, les billets mis en circulation ont été conçus sur le modèle des billets de Monopoly afin de semer la confusion chez le consommateur, qui a cru que tout cela était un jeu.
Un jeu qui nous mène à la ruine, oui. Vivement le retour au réel.
(1) Enfin, je crois que c'est la semaine dernière ; ça fait longtemps que je n'achète plus ce canard boiteux, j'ai juste reçu une copie de l'article non datée.
mercredi 24 avril 2013
Mariage gay : une victoire de la liberté (du commerce)
![]() |
| Le Janus libéral se marie |
C'est une grande nouvelle, un jour
historique, un véritable changement de civilisation.
« C’est un texte généreux,
c’est un texte d’égalité », se serait réjouie la ministre
de la Justice Christiane Taubira, « submergée d’émotion ».
Et on la comprend. Car avec l'adoption,
le 23 avril 2013, de la loi qui permet le mariage et l'adoption aux
couples de même sexe, ce n'est rien moins qu'un nouveau marché qui
s'ouvre à notre économie capitaliste dans sa quête perpétuelle de nouveaux
débouchés.
En effet, l''encre du texte était à
peine sèche qu'on annonçait la tenue d'un salon du mariage gay,
dont l'organisatrice, telle une pasionaria de la lutte contre les
discriminations, expliquait que « Les exposants seront "trendy"
et proposeront "du haut de gamme décontracté" car les
homosexuels forment une communauté à fort pouvoir d'achat avec des
goûts haut de gamme ».
De quoi submerger d'émotion les
professionnels du secteur, qui pesait 4,4 milliards d'euros pour
250000 unions (bêtement hétérosexuelles) en 2011 (Le Figaro). Les experts
estiment que les mariages homos représenteront 2 % des mariages
à l'avenir. Pas de quoi affoler les compteurs. Mais d'une part on
espère un pic dans les deux premières années suivant l'adoption
(6700 mariages gays par an), d'autre part le côté "trendy" et les
comptes en banque supposés "pierre-bergeresques" de nos futurs tourtereaux devrait
mettre du beurre dans les épinards. Alors que l'hétéro rapia et
tristouille allonge un pénible 13000 € par mariage, les noces fun
du marais pourraient aller rigoler à 70000 €, pour une moyenne de
20000 € (même source).
Ce qui, d'après un calcul sommaire,
ferait quand même un marché émouvant de 134 millions d'euros par
an.
Et c'est ça que n'arrivent pas à
comprendre les opposants à la loi Taubira, imperméables à toute
cette poésie. En s'arc-boutant contre cette avancée démocratique,
au nom d'une conception obscurantiste de l'humanité, ils se mettent
au même niveau que de vulgaires zadistes défendant leur morceau de
bocage de Notre-Dame-des-Landes contre l'avancée inéluctable du
progrès.
Car en vérité, le mariage pour tous
de Mme Taubira est le pendant exact de l'aéroport de M. Ayrault. La
déconstruction des rapports de sexe dans la société est à l'image du bulldozer qui aplanit les marécages de Loire-atlantique (et précédé par les mêmes gendarmes mobiles). D'un
côté, quelle importance si l'on saccage un petit écosystème de
rien du tout si cela permet de créer des emplois et de brûler du
kérozène ? De même, est-il si douloureux de détruire les
fondements anthropologiques de l'humanité, basée sur la
complémentarité des sexes depuis des millénaires, si cela permet
de dégager quelque plus-value dans des fêtes somptueuses ?
Et d'ailleurs, comment peut-on, en 2013, s'opposer à l'égalité de tous devant le mariage (on est plus en 2011, bordel, sortez de la préhistoire, les mecs) ?
Voilà enfin réunis de la manière la
plus limpide qui soit les deux faces du Janus libéral que décrit
Jean-Claude Michéa : le Marché et le Droit.
« Le libéralisme économique
(qui exige l'abandon par l'Etat de toutes les limites à l'expansion
supposée « naturelle » du marché et de la concurrence)
et le libéralisme culturel (qui exige l'abolition par l'Etat de
toutes les limites au développement supposé « naturel »
des droits de l'individu et des « minorités ») sont –
d'un point de vue philosophique – logiquement indissociables (…)
Si, en dernière instance, l'essence du
libéralisme se réduit au droit de « produire, de vendre et
d'acheter tout ce qui est susceptible d'être produit ou vendu »
(Hayek), il s'ensuit logiquement, en effet, que toute prétention à
limiter ce droit au nom d'une quelconque « préférence »
morale, philosophique ou religieuse (…) reviendrait à détruire
les fondements mêmes du libre-échange. Or dans la mesure où le
relativisme moral constitue la clé de voûte idéologique du
libéralisme culturel, celui-ci se présente donc logiquement comme
le seul complément philosophique susceptible de justifier dans son
intégralité le mouvement historique qui porte sans cesse le marché
capitaliste à envahir toutes les sphères de l'existence humaine, y
compris les plus intimes »
(Jean-Claude Michéa – Les mystères
de la gauche. De l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme
absolu, Climats, 2013)
Voilà qui est fort bien dit,
Jean-Claude.
Et le meilleur de l'affaire, c'est que
ce bel attelage libéral, malgré la montée des contestations et
malgré la conscience chaque jour grandissante qu'il nous conduit
vers l'abîme, a encore de beaux jours devant lui.
Car de même que les opposants (de
droite) au mariage gay n'ont aucune conscience des ravages
écologiques et humains du productivisme et de la civilisation des
transports, les gauchistes prétendument anticapitalistes
applaudissent au mariage homo comme à toutes les avancées dans la
« lutte contre les discriminations ».
Heureux système capitaliste qui
réussit à diviser éternellement ses opposants en deux camps
irréconciliables.
Edit du 6 septembre 2013 : Je ne croyais pas si bien dire. Le lien suivant mènera à une vidéo montrant une bande de lesbiennes hystériques (le mot est faible) "venues de Notre-Dame des Landes" agresser un groupe de veilleurs pacifiques :
http://rutube.ru/video/454ce1223ee1869481a9c3dd5cfd3e44/
Edit du 6 septembre 2013 : Je ne croyais pas si bien dire. Le lien suivant mènera à une vidéo montrant une bande de lesbiennes hystériques (le mot est faible) "venues de Notre-Dame des Landes" agresser un groupe de veilleurs pacifiques :
http://rutube.ru/video/454ce1223ee1869481a9c3dd5cfd3e44/
samedi 15 décembre 2012
Que faire de Lénine ?
C'est pas facile d'être un chef révolutionnaire mort.
Enfermé depuis 90 ans sous forme de momie dans un mausolée dont il avait refusé le principe de son vivant, le camarade Lénine continue de crécher au beau milieu de la place Rouge à Moscou, comme une vulgaire attraction touristique.
« Ce ne sont pas les hommes mais les idées qui doivent être conservées », avait-il dit avec justesse. Toutefois, parmi ses adorateurs, il semble que l'amour charnel ait triomphé de l'amour platonique, et c'est bien son corps qui fut pieusement conservé à sa mort, contre sa volonté.
Première trahison.
La deuxième a eu lieu il y a quelques jours, lorsque le président Poutine a répondu à peu près en ces termes à ceux qui voulaient supprimer le mausolée et enterrer le grand homme :
« Même l'idéologie communiste est issue des postulats de la religion. On dit que le mausolée (de Lénine) ne correspond pas aux traditions. Pourquoi ? Il est des reliques dans la Laure des Grottes de Kiev, dans d'autres monastères. Vous pouvez les voir ».
Voilà donc le pauvre Vladimir Illitch défendu au nom de la tradition, lui qui du passé voulait faire table rase. Comparé à une relique de moine, lui qui méprisait la religion. Et il peut même pas se retourner dans sa tombe de verre.
Morale de l'histoire ?
Inutile de balayer le passé, une fois retombées la poussière et les clameurs, la tradition revient toujours s'installer. D'ailleurs le christianisme n'était-il pas lui-même une doctrine révolutionnaire (destinée à éliminer les traditions païennes), avant de s'installer dans le paysage ?
La révolution façon table rase du père Lénine n'a d'ailleurs pas abouti à la société nouvelle escomptée. Tout au plus un triste système productiviste que certains ont qualifié à tort de "capitalisme d’État" mais que Jean-Claude Michéa a décrit plus finement comme un "État imitant le capitalisme" (1).
Ça valait bien la peine de tout foutre en l'air pour ça.
Léninisme et capitalisme, deux facettes de la même modernité destructrice des solidarités traditionnelles, pour mettre des individus déracinés au service de la production.
Pourtant, alors que les bolcheviques mettaient en place les bases de leur État totalitaire, d'autres révolutionnaires, comme les marins de Kronstadt ou les makhnovistes d'Ukraine, avaient une autre vision d'une société qui prendrait en compte les aspirations du petit peuple, qui s'appuierait même sur certaines de ses institutions ancestrales (telles les assemblées paysannes).
Lénine les a tous fait tuer ou exiler, ces héros de la révolution, pour qu'ils n'entravent pas la marche du progrès. Oubliés de tous, leur seul mausolée est désormais la banquise du golfe de Finlande ou les forêts de Zaporoguie.
Mais eux, au moins, on leur fout la paix.
(1) Jean-Claude Michéa, Le complexe d'Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, Climats 2011
vendredi 7 décembre 2012
Il faut sauver les magnolias de Jean-Marc Ayrault
Il y a des informations qui passent inaperçues.
Pendant que le monde se passionne pour quelques zazous qui entravent la marche du progrès à Notre-Dame des Landes, notre Premier ministre, lui, sème des graines pour l'avenir.
C'est le site internet du gouvernement qui nous l'apprend :
"Comme le veut la tradition pour chaque Premier ministre depuis 1978, Jean-Marc Ayrault a planté un arbre dans le jardin de l'Hôtel de Matignon, jeudi 29 novembre 2012. Le Premier ministre a choisi de planter un magnolia grandiflora, un arbre aux feuilles persistantes, arrivé en Europe il y a 300 ans par le port de Nantes. Jean-Marc Ayrault a choisi d'associer à cette cérémonie de plantation des professionnels, spécialistes du magnolia, et des élèves de lycées professionnels d'horticulture".Une belle tradition nantaise, donc, qui prouve que l'argent gagné dans la traite des esclaves au XVIIIe siècle a aussi servi à mettre un peu de poésie dans nos jardins.
Mais désormais, le parc de l'Hôtel Matignon, un site exceptionnel de 3 hectares situé au cœur du 7e arrondissement de Paris, est menacé.
En effet, depuis quelques jours, bulldozers, tractopelles et autres engins jaunes à chenilles et à dents cernent le vénérable espace de verdure.
"Ils veulent tout raser pour construire un parking géant !, s'indigne le concierge de l'Hôtel. Au début, je les ai envoyés paître, mais ils m'ont montré des papiers : expropriation, permis de construire et tout".
Il a fallu se rendre à l'évidence : le parc doit être entièrement détruit pour laisser place au projet de parc de stationnement le plus ambitieux de la décennie, orchestré par la société Vinci, dont l'expérience en la matière est reconnue même par ses détracteurs.
Nous avons joint le responsable de l'opération, qui nous a confirmé avoir obtenu le permis de construire sur la base d'un projet de 1967 signé par Georges Pompidou et Raymond Marcellin, respectivement Premier ministre et ministre de l'Aménagement du territoire (1) de l'époque.
"Je pense qu'ils étaient bourrés quand ils ont signé ça, explique le responsable en souriant. Ils ont écrit ça un soir dans un troquet sur un coin de nappe, ils voulaient aussi construire des autoroutes dans tout Paris (2) ! Enfin, bourrés ou pas, signer, c'est signer, reprendre c'est voler".
Le Grand Parking Matignon, avec une capacité de 45 000 places sur 5 étages, permettra de désengorger la capitale, qui manque cruellement de places de stationnement. Le site comprendra aussi des espaces boutiques, des coins restauration et 1300 écrans géants qui diffuseront des publicités en odorama et des musiques relaxantes pour éviter les altercations entre automobilistes.
"Et puis on fera comme à la porte de Bagnolet, poursuit le responsable du projet, rigolard : une voie d'accès mal indiquée pour que les touristes perdus entrent dans le parking sans le faire exprès et soient obligés de raquer à la caisse pour ressortir ! Avec une caméra de surveillance bien placée, on pourra se bidonner en matant la tête des pigeons !".
Le site devrait créer 393 emplois directs et 41 512,5 emplois indirects, et générer une croissance économique de 2,06 % supplémentaire dans la région Île de France.
"Si on transformait chaque jardin en parking payant, on résoudrait le problème de la dette, ainsi que celui de la faim dans le monde, estime à la louche un expert de Bercy. Ce projet n'est donc qu'une expérimentation qui devrait être étendue à d'autre sites prometteurs, comme les jardins de Versailles ou le bois de Vincennes".
Face à ces arguments de poids, les récriminations de quelques écologistes pèsent peu. L'association "Les Hommes de Cro Matignon" indique ainsi que le parc renferme des espèces rarissimes et protégées, comme un érable à sucre planté par Raymond Barre ou un élevage de canards initié par Edith Cresson.
C'est dans ce contexte qu'intervient le plantage de magnolias par le dernier habitant de Matignon, dont la cabane a été rasée le matin-même. Lorsqu'on évoque la construction du parking souterrain, M. Ayrault prend alors la défense de la capitale en des termes émouvants :
"Dites-lui que j'ai peur pour elle
Dans les sous-sols quand il fait noir
Quand j'entends ces musiques nouvelles
Où s'en vient crier le désespoir
Dites-lui que je pense à elle
Dans un grand champ de magnolias
Et que si toutes les fleurs sont belles
Je me brûle souvent souvent les doigts"
Un discours qui pourrait lui sauver la mise, car la plupart des CRS qui sont venus le déloger sont des fans de Claude François depuis leur enfance.
Alors, mesdames et messieurs les habitants de la ZAD, vous savez ce qu'il vous reste à faire : plantez des magnolias. Des magnolias par centaines, des magnolias comme autrefois.
(1) Les contemporains ingrats de M. Marcellin ont surtout retenu sa fonction de ministre de
(2) Un magnifique projet dont il ne nous reste que les voies sur berges, le reste du plan ayant été abandonné quand on a réalisé que c'était pour rire.
mercredi 3 octobre 2012
Faut-il se désoler de la "trahison" du PS ?
A gauche, on est gentils mais on est parfois un peu longs à la comprenette.
On peut se réjouir du succès de la manifestation anti TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) de dimanche dernier (30 septembre 2012), organisée par le Front de gauche rejoint par plusieurs syndicats. Étant donné le cran supplémentaire vers la folie "ordolibérale" que ce traité nous invite à franchir, toute mobilisation est bonne à prendre. Même s'il y a peu de chances que cela aboutisse dans l'immédiat à un abandon du traité, au moins cela met-il le pouvoir devant ses responsabilité en forçant un peu le débat.
On passe encore pour des niais
Non, vraiment, je critique pas la manif (1). Ce que je pige pas, c'est la teneur de certains slogans et pancartes observés dans la foule par les journalistes présents, qui relèvent l'expression d'une certaine "déception" :
« 6 mai 2012, si j’aurais su, j’aurais pas venu » ;
« Au printemps on l’élit, à l’automne il nous trahit »".
Une affiche du front de gauche formulait quant à elle une étonnante requête :
« PS-EELV soyez de gauche ! »
On se pince : il y a vraiment des gens qui ont voté pour François Hollande en croyant qu'il allait changer quelque chose à l'orientation économique de la France et de l'Europe ?!? Et qui aujourd'hui sont "déçus" ???
Bien sûr, il se peut que les journaux aient pris soin de sélectionner les pancartes les plus bêtes (les journaux aiment bien ramener toute protestation à un gémissement tourné vers le pouvoir). Mais quand même, on passe encore pour des niais.
Si encore les gens qui tenaient ces pancartes étaient des jeunes de 18 ans qui ont voté pour la première fois de leur vie en 2012, on pourrait comprendre leur naïveté et le côté "éternel recommencement" de la déception vis à vis du parti socialiste. Mais pour certains il s'agissait de citoyens qu'on peut qualifier d'expérimentés, du genre qui a déjà voté pour Mitterrand en 81, c'est dire.
30 ans de déception
Mes premiers souvenirs politiques les plus vagues, qui remontent au milieu des années 80, comportent l'idée que le pouvoir issu du PS avait déçu. Puis les mêmes ont encore déçu, voire trahi, lors du gouvernement socialo-centriste de 1988-93. Puis encore lors du gouvernement des "privatisations plurielles" de Jospin (1997-2002). Et même dans l'opposition, ils étaient nuls, soutenant le plan Juppé sur les retraites en 1995, puis la délirante constitution européenne en 2005.
On peut donc légitimement détester le PS, s'en méfier, essayer de faire pression sur lui, l'attaquer, l'ignorer, tout comme on pourrait se satisfaire de son idéologie et de sa politique ; mais on ne peut pas, à moins d'avoir la mémoire politique d'un poisson rouge, être déçu.
Si on a tous voté Hollande au printemps dernier, c'était juste pour expulser le précédent locataire de l’Élysée, qui nous fatiguait à brailler des insanités toute la journée et qui faisait honte au pays, et il n'y a de ce point de vue aucun regret à avoir. De là à attendre quelque chose du mec, un peu plus "normal" mais tout autant libéral, qui a emménagé à sa place, il y a un pas qu'on ne saurait franchir sans faire preuve d'une naïveté qui confine au masochisme.
C'est vrai que Hollande avait promis de "stopper l'Europe de l'austérité, renégocier le traité Merkel-Sarkozy dans le sens de la croissance et de l'emploi". Mais il indiquait plus loin qu'il fallait aussi voter pour lui pour "redresser les finances publiques, atteindre l'équilibre budgétaire à l'horizon 2017" (2). Dans un sens, il tient donc ses promesses...
Ce joli mot de socialisme
Sinon, il y a peut-être le mot qui prête encore à confusion : ce beau nom de socialisme. Mais tout le monde sait depuis longtemps que c'est une blague, que le PS n'a plus rien de socialiste, que ce n'est rien d'autre qu'une marque qu'on conserve parce qu'elle est bien connue du public.
Qu'est-ce que le socialisme, au sens le plus large ? On pourrait définir ça a minima comme la volonté de rompre avec le capitalisme pour instaurer une société basée sur la coopération et la limitation des inégalités sociales (à partir de quoi on peut imaginer moult formes de socialisme).
Le PS quant à lui considère officiellement le capitalisme comme une fin indépassable, dont il se borne à critiquer les excès. A la limite, on peut même dire que la critique des excès du capitalisme par le parti socialiste ne vise qu'à le préserver pour lui éviter de sombrer sous le poids de ses contradictions (3).
C'est donc foncièrement un parti libéral, qui défend la liberté du commerce et du capital, considérées comme "efficaces" pour "créer de la richesse". Par contre, comme ils sont de gauche, ils prônent la redistribution d'une partie de cette richesse. Et surtout, comme ils sont de gauche, ils font bien attention à ce que les individus atomisés par ces règles du jeu libéral ne fassent l'objet d'aucune discrimination de sexe, de couleur de peau, d'âge, de handicap, d'orientation sexuelle ou que sais-je encore (4).
Ce vilain mot de capitalisme
Quiconque se réclame de près ou de loin d'un projet socialiste devrait s'éloigner à tire d'ailes de cette "gauche" progressiste capitaliste et la considérer comme un adversaire au même titre que la droite.
Car le capitalisme (et l'idéologie libérale qui le soutient) est condamnable en soi, quelle que soit par ailleurs son "efficacité". Il repose sur l'idée (tout à fait saugrenue pour n'importe qui l'aurait entendue avant le XVIIIe siècle) que 1/ la prospérité et le bien-être commun ne peuvent provenir que de la promotion de l'égoïsme de chaque individu et que 2/ peu importe ce qu'on produit, l'essentiel c'est de réussir à le vendre.
En permettant (et en encourageant) à une minorité de s'enrichir par tous
les moyens (vendre n'importe quoi, mentir, exploiter les autres,
dénigrer son concurrent, produire sans se préoccuper des nuisances que
l'on provoque, gaspiller les ressources, etc), le libéralisme donne une prime aux citoyens les
plus amoraux, au détriment de ceux qui ont gardé quelque scrupule (5). Un véritable socialiste ne remet pas en cause les règles du jeu libéral
parce qu'elles sont inefficaces, mais bien parce qu'elles sont
immorales.
Quant à la redistribution des richesses ainsi créées, qui fait la fierté de nos libéraux de gauche, elle revient à humilier les pauvres (ceux qui n'ont pas su utiliser les règles du jeu à leur profit) une seconde fois en les transformant en "assistés", pour quelques miettes des profits faramineux que les plus malins ont su accumuler.
Faut-il être de gauche ?
Voilà donc pour la déception. Reste une autre question, moins évidente : qu'en est-il maintenant de l'injonction faite au PS d'être de gauche ?
J'avoue avoir été de ceux qui ont longtemps reproché au PS de ne pas être vraiment de gauche, ou de ne plus l'être suffisamment, selon les moments. Mais en fait il s'agit d'un malentendu. Car si le PS, comme on l'a vu, n'est pas socialiste, en revanche il est vraiment de gauche. La gauche, c'est le parti du progrès. Or le PS est pour le progrès ; ce qui inclut notamment la construction européenne, l'abandon des souverainetés nationales, et n'est pas incompatible avec des règles d'austérité budgétaire.
C'est peut-être plutôt nous, les anticapitalistes, qui devrions cesser de nous définir comme étant de gauche. Et les pancartes dans les manifs, si elles souhaitent vraiment interpeller le PS sur son identité, devraient, plutôt que de lui enjoindre d'être de gauche, lui demander d'être socialiste. Une pancarte "Socialistes, soyez socialistes" serait cohérente. Vaine, mais cohérente.
Au-delà des mots, il y a des choix concrets. En ce qui concerne l'Europe, il serait temps de cesser de croire qu'on pourra améliorer la démocratie interne du machin et d'en faire un progrès pour le genre humain. Et de dire tout simplement qu'on n'en veut plus du tout.
Le grand malentendu continue
Ce qui est malheureux dans l'histoire, c'est que ce grand malentendu semble se reproduire au sein du mouvement qui a justement pris le nom de "Front de gauche", où les réflexes "progressistes" l'emportent souvent sur le projet de rupture avec le capitalisme, alors que c'est précisément cette volonté de rupture qui le distingue du PS et qui attire à lui nombre de militants et d'électeurs écœurés par le monde actuel.
Il n'est pas anodin de noter que les organisateurs de la manifestation de dimanche avaient décidé d'ouvrir la marche par "un cortège unitaire d'associations féministes". Sans vouloir remettre en cause la noblesse de leur combat, on pourrait légitimement s'interroger sur le rapport avec le TSCG. Explications de la féministe en chef : « L’austérité touche durement les classes populaires et les précaires. Parmi eux, il y a les jeunes et les immigrés mais aussi les femmes. Elles sont plus souvent en sous-emplois, cantonnées aux bas salaires, davantage concernées par les coupes dans les prestations sociales » (6).
Bon sang, mais c'est bien sûr ! A ce compte-là, il faudrait donc ouvrir toutes les manifestations par un cortège féministe, chaque problème social contenant sans doute une dimension sexiste plus ou moins cachée. Ou alors ils auraient pu faire ouvrir la marche par un cortège de musulmans, puisque les musulmans sont souvent plus pauvres que la moyenne, donc plus touchés par la crise, etc.
Réflexe "progressiste" que de transformer toute revendication sociale en récrimination sociétale ; de troquer la défense de la majorité (le peuple) contre la défense des minorités. Au risque (souvent avéré) de détourner les masses de ces protestations où le prolétaire ne voit que l'expression du chaos social qui lui a déjà fait tant de mal.
Le Front de gauche reste l'organisation politique la plus intéressante à l'heure actuelle, car il a su attirer à lui la meilleure part des anticapitalistes (7), mais il va lui falloir clarifier un bon nombre de positions pour devenir crédible.
Car si le proverbe dit qu'on peut tromper une personne mille fois ou mille personne une fois, mais pas mille personne mille fois, il semblerait que jusqu'ici la gauche ait trouvé la formule pour tromper 60 millions de personnes 60 millions de fois.
(1) A laquelle j'aurais participé si j'avais pu, mais j'ai pas pu.
(2) Tract diffusé avant le 2e tour des présidentielles de 2012.
(3) Comme l'écrivait un militant socialiste lambda de la section PS des Ulis, reproduisant la doxa de son parti : "La Crise des subprimes, la spéculation éhontée sur les matières
premières, bref l'univers totalement virtualisé de la finance conduit à
des désastres socio-économiques et à terme l'auto
destruction du système capitaliste.
Devons-nous nous en réjouir ? Non, car ce système a prouvé son
efficacité dans le développement d'une consommation de masse et donc
permis l'accès au plus grand nombre d'un confort
inimaginable ne serait ce qu'il y a cinquante ans".
(4) La différence avec la "droite" libérale est d'ailleurs minime sur ces sujets, puisque la droite lutte elle aussi contre les discriminations et qu'elle est bien obligée de redistribuer une partie des profits (quoique en rechignant) pour éviter l'explosion sociale à court terme.
(5) Un peu comme les amoureux déchirés d'Orly dans la chanson de Brel : "Je crois qu'ils sont en train de ne rien se promettre ; ces deux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes".
(6) Christiane Marty, citée par Mediapart (oui, ben on a les sources qu'on peut).
(7) Notamment quelques "décroissants" et autres désobéissants dont la vivifiante critique du capitalisme, assortie de quelques perspectives concrètes, est à cent lieues (au dessus) des déclarations lénifiantes d'un François Delapierre ou d'un Pierre Laurent.
dimanche 16 septembre 2012
Le parti de gauche réhabilite enfin René Balme
Alors qu'il avait lâchement abandonné son candidat au beau milieu de la campagne des législatives, le PG a enfin repris ses esprits en publiant le communiqué que tout le monde attendait :
"Le « délit de blasphème rouge-brun » n’a pas sa place dans la République !"
"Nous dénonçons la volonté de la part de certains groupuscules de la presse de caniveau de salir la campagne du Front de gauche et de rétablir une sorte de « délit de blasphème » absolument inacceptable.Ainsi, alors que le PG se félicite de la forte affluence rencontrée sur son stand et de manière générale par toute la Fête de l’Humanité qui annonce une forte mobilisation le 30 septembre contre le Traité d’Austérité, il tient à faire une mise au point à propos d’un incident qui s’est déroulé dans la presse en mai dernier lors de la campagne des législatives.
Le site d' "information" www.rue89.fr , qui appartient au groupe de presse du Nouvel Observateur et des sanibroyeurs SFA, prétextant de la candidature de René Balme au nom du Front de gauche dans la circonscription de Grigny (Rhône), a fait le choix d'empêcher le débat par les insinuations et les insultes. Parmi les quelques allégations assénée par ces personnes revenait l'affirmation absurde que René Balme serait un « rouge-brun ». Face à la confusion générale, et pour éviter toute violence, les responsables du parti de gauche ont fait le choix sage de ne pas répondre.
Nous condamnons fermement ce genre de coup de force d’une grande lâcheté de la part d’une poignée d’individus ayant perdu tout repères politiques. Premièrement, empêcher la tenue d’un débat digne de ce nom en publiant des insanités est un acte grave qui ne profite qu’à l’extrême droite. Deuxièmement, le terme de « rouge-brun » ne fait pas partie de notre vocabulaire. Autant le PG est en première ligne pour dénoncer le racisme qui touche particulièrement nos concitoyens de confession musulmane, autant nous considérons que toutes les religions, dont l’Islam et le judaïsme, doivent pouvoir être critiquées librement dans notre pays, de même que le sionisme et l'impérialisme.
Même si nous ne partageons pas toujours les analyses de René Balme, nous connaissons ses convictions de gauche et sa détermination contre le racisme et l’extrême droite, et nous lui assurons notre solidarité totale en rappelant tous les combats qu'il a mené jusqu'ici pour l'écologie, la paix et la solidarité".
Après avoir ainsi défendu sans détour son militant le plus dévoué et le plus sincère, le PG publiait un autre communiqué pour regretter l'annulation du débat avec Caroline Fourest à la fête de l'Humanité :
-->
"Au sujet de l'annulation du débat de Caroline Fourest"
"Le Parti de gauche (PG) prend acte de l'annulation
du débat avec notamment Caroline Fourest sur le Front national.
Cette annulation ne permet plus néanmoins qu’une
discussion ouverte et mutuellement argumentée se mette en place avec
Caroline Fourest dans le but d’œuvrer à une clarification
nécessaire, suite aux faits avancés et commentés par le groupe
« Les indigènes de la république » et le site ouma.com.
Et ce, dans le cadre statutaire de notre parti.
Nous le regrettons.
Toutefois, nous souhaitons à cette occasion
réaffirmer un certain nombre de principes fondamentaux pour le PG:
La lutte contre le racisme et l’antisémitisme est
évidemment au cœur de nos valeurs et de l’identité de notre
parti.
A ce titre, il est nécessaire que tous les
adhérents du PG, a fortiori ceux qui peuvent être amenés à parler
en son nom ou le représenter, soient particulièrement attentifs aux
documents et aux textes dont ils font la promotion. Et ce, dans le
cadre de leurs activités dans le parti ou dans d’autres espaces
militants. Nous tenons ainsi à réaffirmer qu’en aucun cas,
il n’est concevable que des militants, de surcroît des
responsables ou toute personne se prévalant de son appartenance à
notre parti dans la vie publique, puissent participer, directement ou
indirectement, à ouvrir des espaces publics aux promoteurs d’idées
racistes, antisémites ou négationnistes.
En effet, pour ne pas banaliser ce type de parole,
il importe de condamner avec la plus grande fermeté ceux qui la
véhiculent. A ce titre, des individus comme Caroline Fourest et ses anciens compagnons de Charlie Hebdo sont
connus pour multiplier publiquement depuis longtemps les déclarations
antimusumanes ou promouvoir les thèses néoconservatrices. Ils sont
d’ailleurs des adversaires déclarés des idées pacifistes et anti-impérialistes qu’ils méprisent d’ailleurs régulièrement dans leurs
publications ou leurs sites. De même, nous ne partageons en
rien les théories « complotistes » qui attribuent à
l'islam tous les maux du monde. Et même, nous les
condamnons.
Cette vigilance collective est d’autant plus
nécessaire que nombre de nos adversaires, dans l’arène politique,
intellectuelle et médiatique, oeuvrent régulièrement pour tenter
de décrédibiliser « l’autre gauche » en l’assimilant
scandaleusement à l’antisémitisme et aux courants
« rouges-bruns ».
L’offensive de la droite contre Jean-Luc Mélenchon
sur ce thème au lendemain de l’élection présidentielle en a
constitué une nouvelle démonstration".
Ouf, en tant qu'adhérent du parti de gauche, je suis soulagé de voir que la direction du parti a enfin retrouvé ses repères.
PS : on me signale dans l'oreillette que j'aurais par maladresse interverti les noms de René Balme et de Caroline Fourest dans les deux communiqués. Je n'ose y croire.
PS 2 (du 17/09/12) : ironie mise à part, l'attitude des "indigènes" qui ont empêché la tenue du débat à la fête de l'Huma est lamentable. Quoi qu'on pense des thèses de Caroline Fourest, un débat était justement l'occasion de le lui dire en face. Au lieu de quoi on lui permet de se poser en victime du fanatisme religieux ; autant dire qu'on lui a bien servi la soupe.
Reste (et c'est l'objet de ce billet) qu'on aurait aimé de la part du PG la même fermeté en mai pour défendre Balme dont le seul tort était d'avoir administré un site internet dont certains contenus (sur des milliers d'articles) n'étaient pas conformes à la ligne du parti. Cette indignation à deux vitesses laisse malheureusement transparaître l'atlantisme viscéral des dirigeants du PG.
mercredi 12 septembre 2012
Guerre USA - Iran : une usine détruite à Aulnay sous bois
On a beau commencer à être habitués, ça fait toujours quand même bizarre, ces situations où en lisant la presse, en écoutant la radio, on se demande si on est en train de rêver ou si quelqu’un quelque part nous prendrait pas pour des andouilles.
Pour éviter de sombrer dans la folie, on récapitule alors les événements :
1/ Une restructuration depuis longtemps annoncée
Le 12 juillet dernier, le groupe automobile français PSA confirmait le plan de restructuration tant redouté depuis des mois, qui allait aboutir notamment à la fermeture de son usine de fabrication d’automobiles à Aulnay sous bois (93). La restructuration, particulièrement catastrophique (8000 suppressions d’emploi, sans compter les conséquences, encore inconnues, sur les sous-traitants), était expliquée par la baisse du marché européen, où le groupe prévoyait une baisse de 10 % de ses ventes.
2/ Où l’on apprend que les Iraniens roulent en Peugeot
Parmi toutes les réactions atterrées que cette annonce avait suscitées, l’une d’elles détonait : le délégué syndical CGT de la boîte pointait comme principal responsable des difficultés l’abandon par Peugot du marché iranien depuis février 2012.
Marché sur lequel Peugeot avait écoulé pas moins de 455.000 véhicules en 2011, en partenariat avec un constructeur local nommé Khodro.
Et ça, 455.000 véhicules, même en partageant le bénéfice avec un autre, c’est pas rien. Ca représenterait même pas loin de 13 % des ventes mondiales de Peugeot en 2011 (3.549.000 véhicules).
Pourquoi diable Peugeot avait-elle donc décidé d’abandonner ce marché considérable ?
La réponse de la direction était confuse, invoquant un problème de financement lié à des sanctions financières européennes prises contre l’Iran qui gêneraient les paiements interbancaires. Elle minimisait par ailleurs l’impact de l’abandon du marché iranien, évaluant le manque à gagner à 640 à 850 millions d’euros. Autant dire trois fois rien.
3/ Où l’on apprend qu’Obama est actionnaire de Peugeot
Or l’argument du problème bancaire était ridicule, d’autres firmes faisant sans problèmes des affaires en Iran.
La réalité était plus crue. En février 2012, PSA avait noué une alliance avec General Motors, firme états-unienne détenue à 60 % par l’Etat fédéral (oui, oui, une entreprise publique aux USA : c’est ce qu’on appelle la socialisation des pertes en période de crise), qui est entrée dans le capital de PSA à hauteur de 7 %.
Or l’actionnaire principal du nouvel ami de Peugeot (les USA, donc) est bien connu pour chercher des noises à l’Iran. L’Iran, ennemi de l’impérialisme et d’Israël, qui accueille le sommet des pays non aligné, l’Iran allié de la Syrie. C’est donc l’administration Obama qui a demandé à General Motors d’imposer à Peugeot de se retirer du marché iranien. Cette décision semble même avoir été une condition préalable à l’entrée de GM dans le capital de Peugeot.
Comme quoi une firme capitaliste est capable de sacrifier ses intérêts pour une décision d’ordre purement politique, lorsqu’il le faut vraiment. On aurait pas cru. Ils doivent vraiment pas être sympas, ces Iraniens.
4/ Où un rapport gouvernemental nous apprend que Peugeot n’est pas assez mondialisée
Nous voilà arrivés au 11 septembre 2012, date à laquelle le ministère du redressement productif (ne riez pas, merci) a rendu public le rapport dit « Sartorius » qui était censé faire la lumière sur la situation économique de Peugeot et vérifier si le plan de restructuration était inévitable.
Surprise : la restructuration s’avère inévitable.
Les réactions à ce rapport n’ont pas brillé par leur originalité :
Le gouvernement veut limiter la casse, le Front de gauche refuse de sacrifier l’intérêt du plus grand nombre à l’intérêt des bancques, et le FN accuse l’Etat de ne pas tout faire pour protéger l’industrie nationale contre la concurrence déloyale. Thibault et Chérèque, eux, attendent un autre rapport pour se prononcer.
Et c’est vrai que les rapports, on en a jamais assez. Même un troisième ça serait pas mal pour être sûrs.
De son côté, la presse fustige les « erreurs stratégiques » de Peugeot, coupable d’avoir « manqué d’ambition dans l’internationalisation du groupe »
Bah oui, s’ils avaient délocalisé plus tôt la production à l’étranger, z’auraient pas eu besoin de supprimer des emplois aujourd’hui ; logique, non ?
5/ Où l’on cherche vainement le mot Iran dans le rapport
Bon, à part ça, on se frotte les yeux, on cherche dans tous les articles de presse, et on trouve rien à propos de l’Iran. Finalement, c’était important ou pas l’Iran ? C’est ça ou c’est pas ça qui a fait couler le groupe ? On aimerait bien savoir, mais on nous dit rien.
Alors puisque les journalistes sont des feignasses, on va remonter à la source, on va se taper le rapport Sartorius. Vu que ça fait 47 pages, il en aura bien consacré une au marché iranien (13 % des ventes en 2011, je le rappelle) ?
Eh bien non, on trouve rien. Mais alors, rien.
Pour en avoir le cœur net, on demande à notre logiciel visionneur de document pdf de rechercher le mot « Iran », des fois qu’on l’aurait loupé. Et là on trouve UNE occurrence, dans un tableau intitulé « Répartition géographique des immatriculations PSA (VP+VC) en 2011 (hors Iran) ».
Vous pouvez faire l’expérience par vous-même. Le seul endroit où le rapport mentionne l’existence du marché iranien, c’est pour dire qu’il en fait abstraction, sans aucunement expliquer pourquoi.
D’ailleurs, dans un autre tableau (page 7), le rapport mentionne sans aucun problème une répartition des ventes dans le monde dont le total est toujours inférieur à 100 %. Ça lui pose aucune difficulté. Il a juste supprimé une ligne comme d’autres effaçaient des visages sur les photos officielles en d’autres époques et en d’autres lieux. George Orwell, si tu nous lis : ne te sens pas dépaysé.
6/ Où l’on se demande si l’on ne serait pas pris pour des truffes
C’est donc assez raide comme foutage de gueule. Même en étant de mauvaise foi, il aurait pu expédier le truc un un paragraphe, du genre « contrairement aux allégations de complotistes mal dégrossis, l’abandon du marché iranien et de ses 455.000 véhicules par an n’a eu qu’une incidence dérisoire sur la santé de l’entreprise ». Il aurait aligné trois chiffres, embrouillé le bazar, crac, boum, c’était plié.
Mais non, même pas. Ils s’en cognent tellement de ce qu’on pense qu’ils ne prennent même plus la peine d’emballer leurs foutaises.
Sinon, le rapport nous apprend quand même que, toutes filiales confondues (banque, équipementier...), le groupe PSA n’est pas en déficit au 1er semestre 2012, vu que seule la branche automobile l’est (page 4). Mais ça, on le savait déjà.
Concernant la branche automobile, les difficultés sont cependant réelles, puisqu’au 1er semestre 2012 le résultat opérationnel courant est négatif de 662 millions d’euros. C’est beaucoup. Mais ceux qui ont lu tout cet article depuis le début savent que l’impact de l’abandon du marché iranien était censé coûter 640 à 850 millions d’euros, et que c’était pas beaucoup. D’accord, c’est sur une année, pas sur 6 mois. Mais quand même.
Bon, ben, sinon, pour finir sur une note positive, le rapport Sartorius trouve que l’alliance de Peugeot avec General Motors est plutôt une bonne idée, même si faut faire gaffe quand même que ça supprime pas encore des emplois à force de trouver des synergies.
Faudra être vigilants, les gars.
Léon Garagnat
PS du 15/09/2012 : on me fait remarquer à juste titre que je compare des choux et des poires en accolant le manque à gagner de 640 à 850 millions, qui représente une perte de chiffre d'affaires, et le résultat opérationnel de -662 millions.
En fait les kits à destination de l'Iran sont vendus peu cher et ne représenteraient qu'une faible partie du résultat de Peugeot.
Je persiste néanmoins sur le fond de l'article : en effet le problème financier n'est pas le plus crucial, car les pertes de la branche automobile sont compensées par les bénéfices des autres branches au 1er semestre 2012.
En revanche le principal problème qui rend nécessaires les restructurations d'après le rapport Sartorius est la sous-utilisation des capacités de production des usines Peugeot (61,4 % d'utilisation en 2011). Et là, on peut imaginer que l'abandon des 455000 véhicules, même en pièces détachées, n'a pas dû aider.
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